ROBERT (seul) Oh ! là, là, là ! (Il va vers fenêtre.) Eh bien ! voilà ! Oh ! là, là, là ! (Succession d’onomatopées de mécontentement. Puis, soudain, il semble prendre une décision et file vers sa chambre 1 cour où il sort. Il revient aussitôt avec sa valise. A ce moment-là, on sonne. Il regarde la porte d’entrée, sa valise, va la rapporter dans sa chambre er se décide lentement à aller ouvrir la porte d’entrée. Brigitte est dans l’encadrement, elle tient un grand sac cabas.) BRIGITTE Je suis bien chez Monsieur et Madame... ROBERT Oui ! Oui... BRIGITTE Ah ! bon ? Alors, bonsoir ! ROBERT Bonsoir ! BRIGITTE Je suis... ROBERT Brigitte ! BRIGITTE Oui, c’est moi ! Je suis intérimaire, quoi ! ROBERT L’intérimaire ? BRIGITTE Oui, je suis extra ! ROBERT Oui, ah ! c’est ça ? BRIGITTE Ça a l’air de vous étonner ? ROBERT Non, non, pas du tout ! Mais..., entrez. BRIGITTE Merci. ROBERT Je ne pensais pas que vous arriveriez si vite ! BRIGITTE Ça, vous avez raison, je ne devrais pas être encore là ! D’autant que Place de la Gare, j’ai raté le bus ! ROBERT Ah ! bon ! BRIGITTE Oui, alors, j’ai fait un bout à pied et puis, j’ai retrouvé un type qui m’a prise en stop ! ROBERT Ah ! bon ! BRIGITTE Heureusement, hein ! Parce que porter un sac comme ça... c’est pas marrant ! Je le pose ? ROBERT Ah ! bon ? Oui ! Non ! Enfin, je veux dire, oui, posez-le ! BRIGITTE Merci ! Bref, je suis montée dans la voiture et comme la voiture ça va plus vite que le bus... c’est pour ça que je suis là plus tôt, quoi ! ROBERT Oui... Ah ! bon, oui ! ... Oui, oui, enfin, je comprends... BRIGITTE Bon ! Où est la patronne ? ROBERT La patronne ? Vous voulez dire sa femme ? BRIGITTE Sa femme ? Oui, enfin la patronne, quoi ! ROBERT Ah ! bon, oui !... eh bien, elle est sortie avec son patron ! Enfin, je veux dire avec son mari ! Enfin avec Bernard, pour faire les courses ! BRIGITTE A ! bon ? Et vous êtes ?... ROBERT Et bien ! Robert ! L’ami du patron ! Enfin, de Bernard ! BRIGITTE Ah ! oui, oui... D’accord ! ROBERT Mais je tiens à vous préciser tout de suite que ce n’est pas moi qui ai eu cette idée biscornue ! BRIGITTE Quelle idée ? ROBERT Et bien ! De vous faire venir ici ! BRIGITTE Mais ça a été convenu par téléphone ! ROBERT Oui... oui... ça je sais ! BRIGITTE Ah ! bon ? ROBERT Mais vous n’avez pas l’air de vous rendre compte de ce que ça va être comme travail ! BRIGITTE Ah ! bon ? ROBERT Oui, ça va être plutôt coton ! BRIGITTE Alors, où est-ce qu’elle est ? ROBERT Qui ça ? BRIGITTE Eh bien, la cuisine ! ROBERT Parce que vous voulez aller à la cuisine ? BRIGITTE Si vous me dites que ça va être coton... Il faudrait peut-être que j’y fasse un tour pour voir comment m’y prendre ! ROBERT Vous y prendre ? BRIGITTE Eh oui ! S’il y a des farcis à hâcher... du hachis à farcir, je ne sais pas, moi !... ROBERT Non, non, non ! C’est très aimable de vouloir aider... BRIGITTE Oh, c’est tout naturel ! ROBERT Oui, oui, mais comme je ne sais pas où est la cuisine... BRIGITTE Si on la cherche, on va la trouver ! (Elle ouvre la porte côté jardin.) Ah, ce n’est pas là ! ROBERT Oui, oui ! Mais étant donné que nous ne sommes pas chez nous... n’est-ce pas... BRIGITTE Oui, ça évidemment ! ROBERT Alors, il vaudrait peut-être mieux ne rien toucher avant qu’ils reviennent ! BRIGITTE Ah ! bon ? Comme vous voudrez. Mais alors, en attendant, je pourrais en profiter pour me mettre en tenueN ROBERT En tenue ? BRIGITTE Oui ! en tenue de travail, quoi ! Où est-ce que je peux me déshabiller ?! ROBERT Vous... dés... déshabiller ?! BRIGITTE Eh bien ! Oui ! Je n’ai pas apporté mes affaires pour rien ! ROBERT Ah ! non ? BRIGITTE Non, non... enfin, vous ne vous imaginez tout de même pas que je vais tout faire avec des habits propres ? ROBERT Ah ! ... bien sûr, bien sûr, mais... mais, ce n’est peut-être pas la peine de vous déshabiller maintenant ! BRIGITTE Non ? ROBERT Mais non ! C’est inutile de faire le simulacre tout de suite ! BRIGITTE De faire le quoi ? ROBERT Eh bien, disons de pousser les apparences aussi loin ! BRIGITTE Quelles apparences ? ROBERT Enfin, je veux dire il faut d’abord que vous sachiez que je suis ! BRIGITTE Eh bien ! oui ! Vous êtes l’ami du patron ! ROBERT Alors, qu’est-ce que Bernard vous a dit ? BRIGITTE Le patron ? ROBERT Oui, oui, le patron, si vous voulez ! BRIGITTE Ce n’est pas si je veux ! Je l’appelle comme ça parce que c’est lui qui commande ! ROBERT Oui ! Oui... bon, enfin, bref, qu’est-ce qu’il vous a dit de moi ? BRIGITTE Rien du tout ! ROBERT Ah ! là là ! C’est tout de même un peu léger de ne pas vous avoir donné des précisions ! BRIGITTE Oh ! vous savez, ça s’est décidé très vite ! J’avais juste le week-end... ROBERT Oui, oui, je sais ! Moi-même, je n’ai été averti de votre arrivée qu’il y a un quart d’heure ! A propos, il faudrait commencer tout de suite à nous tutoyer ! BRIGITTE Ah ! bon ? Vous croyez ? ROBERT C’est indispensable ! Bon, alors, voilà, je suis dans les ascenseurs... j’habite rue de Courcellles... j’ai une 505 et 35 ans ! BRIGITTE On ne dirait pas ! ROBERT Ah ! bon ? (content) Tu me donnes combien ? BRIGITTE Ah ! Au moins 45 ! ROBERT Oui, bon bref, j’ai été opéré de l’appendicite... BRIGITTE Mais qu’est-ce que vous voulez que ça me f... ! ROBERT TU ! TU ! BRIGITTE Quoi ! tutu ! ROBERT Tutoie-moi ! BRIGITTE Hein ! Ah ! oui, bon alors qu’est-ce que tu veux que ça me fasse tu aies été opéré et tout le bazar ? ROBERT Ces détails-là, on les connaît quand on couche ensemble ! BRIGITTE Quand on couche ensemble ? ROBERT Eh bien ! oui ! BRIGITTE Mais quand ? Qui couche avec qui ? ROBERT Eh bien ! nous deux ! BRIGITTE Tu rigoles !!! ROBERT Je n’ai pas du tout envie ! BRIGITTE Mais tu rêves ou quoi ? ROBERT Mais non, pas du tout ! BRIGITTE Ah ! bon ! ROBERT Mais oui ! Evidemment ! A moins que... BRIGITTE A moins que quoi ? ROBERT Oui, eh bien ! Il y a une autre chambre... alors, je pourrais peut-être dire que ça te gêne de dormir dans la mienne parce que la nuit je ronfle... enfin, l’essentiel c’est que ça paraisse vraisemblable, qu’on ne soit pas dans la même chambre en étant soi-disant amants ! BRIGITTE Soi-disant amants ? ROBERT Eh bien ! oui ! On te l’a dit ! BRIGITTE Non, non, non ! Ça, on ne m’a rien dit du tout ! ROBERT Ça, c’est vraiment insensé ! En somme, si je comprends bien, tu n’es au courant de rien ! BRIGITTE Ah ! si, si, si, si ! Je sais que c’est logée, nourrie, cinq cents francs par jour ! ROBERT Ah ! parce que tu te fais... enfin, tu te fais payer ? BRIGITTE Cette idée ! C’était convenu comme ça ! ROBERT Oui, oui... non, non, mais non ! c’est entendu, on ne revient pas ! BRIGITTE Ah ! bien ! Mais alors, qu’est-ce que je dois faire ? ROBERT Faire semblant d’être ma maîtresse ! BRIGITTE Seulement semblant ? ROBERT Eh ! oui ! C’est bien suffisant : BRIGITTE Ah ! si c’est seulement semblant, ça a l’air d’être assez branché ton truc ! ROBERT Branché... branché... je suis coincé. Oui ! BRIGITTE Pourquoi ? ROBERT Parce que moi, je suis... Oui, non, je ne peux pas te le dire ! BRIGITTE Mais ce qu’il faudra que je dise ? ROBERT Rien ! Ne dis surtout rien ! Tais-toi. Et si on te pose des questions, répète ce que je dis. BRIGITTE Bon ! Alors, c’est d’accord ! Pour un Pascal ! ROBERT Un quoi ? BRIGITTE Un quoi ? Un quoi ? Une image de Pascal ! ROBERT Quelle image ? BRIGITTE 500 francs en plus de forfait prévu pour marcher dans ta combine ! ROBERT Ah ! bien, ça alors ! On peut dire que tu es vraiment désintéressée, toi ! BRIGITTE Il faut vivre, non ? ROBERT Je n’ai jamais vu quelqu’un de pareil ! (Robert est remonté vers la fenêtre.) Les voilà ! Les voilà ! C’est eux ! Assieds-toi là et ayons l’air de bien nous connaître ! BRIGITTE Oui, je sais, on est sensé avoir une vie sexuelle ! ROBERT Oui ! Hein ? Oui, oui, non, mais enfin que ça fasse naturel ! Pas trop ! BRIGITTE Oui, juste pour 500 francs (La porte s’ouvre et Jacqueline entre portant des paquets. Robert allant à elle !) ROBERT Ah ! Laissez-moi vous aider Jacqueline !... JACQUELINE Mais non, mais non, ça va ! (voyant Brigitte) Ah ! La personne que vous attendez est arrivée ? ROBERT Oui ! Oui ! Justement ! Elle... elle vient d’arriver. (A Brigitte) N’est-ce pas ? BRIGITTE Oui, oui, je... enfin, enfin, j’arrive quoi ! JACQUELINE Eh bien, présentez-nous ! ROBERT Hein ?... Ah ! Oui, oui... Bien sûr ! Alors, voilà... Brigitte ! (Bernard rentre à son tour avec d’autres paquets. Robert met gauchement un bras autour de l’épaule de Brigitte tandis que Bernard dans le dos de Jacqueline lui fait des signes négatifs) ROBERT Une... amie ! (Bernard est de plus en plus agité.) ROBERT Enfin, c’est ma... (Bernard, toujours même jeu dans le dos de Jacqueline. Jacqueline se tourne vers Bernard qui est obligé d’arrêter ses signes.) ROBERT Oui... Bon. Enfin, voilà, c’est elle, quoi ! (Comme Jacqueline s’est détournée de Bernard, il recommence désespérément ses signes négatifs.) BRIGITTE, jouant son rôle consciencieusement et contente Oui, je suis sa maîtresse ! (Geste de Bernard) JACQUELINE Oui, ça je sais ! Enfin, nous savons ! BRIGITTE Ah ! Bien ! Alors, c’est le principal. (A Robert) Hein ? ROBERT Mais oui ! Mais oui ! (Présentant les deux autres.) Jacqueline... et Bernard ! BRIGITTE, allant à Jacqueline et lui serrant la main) Bonjour, madame ! JACQUELINE Bonjour ! BRIGITTE, à Bernard Monsieur ! BERNARD Oui, oui... BRIGITTE, A Jacqueline et Bernard, désignant Robert. Il est sympa, mon amant, hein ? ROBERT, coupant Oui, oui, bon, bon ! BRIGITTE Mais... ROBERT, sec Non ! BRIGITTE, passant son bras autour du cou de Robert. Enfin, il faut bien qu’ils sachent qu’on s’aime. ROBERT, se dégageant Eh bien ! pas maintenant ! BRIGITTE, même jeu. Mais je croyais... ROBERT, la repoussant. Ça suffit ! BRIGITTE, accrochée à Robert. Quand je le sens près de moi, je voudrais l’embrasser tout le temps ! JACQUELINE Mes compliments ! (Robert repousse Brigitte) BRIGITTE Mais chéri ! ROBERT J’ai dit : ça suffit ! BRIGITTE Mais avec tes 35 ans, même si tu en parais 50n tu aimes bien que je t’embrasse, quand tu m’emmènes rue Courcelles dans ta 505 avant d’aller ronfler ! JACQUELINE Quel programme ! ROBERT C’est fini, oui ? (A Jacqueline) Je vous supplie de l’excuser ! JACQUELINE En tout cas, elle est expansive ! BRIGITTE Ah ! Oui, madame, c’est ma nature ! Hein, chéri ? (Pendant tout ce qui procède, Bernard marche agité à travers la pièce, excédé, se tenant la tête dans le dos de Jacqueline et n’en pouvant subitement plus.) BERNARD, tranchant. Oui, bon, bon ! Il faudrait qu’on s’occupe toute de suite de ces paquets : ROBERT Eh bien ! Donnez-les-moi ! JACQUELINE Non ! Laissez ça ! ROBERT Mais je peux vous aider ! BRIGITTE Moi aussi ! JACQUELINE Non ! (sortant avec les paquets vers la porte) Non ! BERNARD Qui êtes-vous ? BRIGITTE Moi ? BERNARD Oui, vous ! ROBERT Comment ? Tu ne la connais pas ? BERNARD Bien sûr que non ! Tu n’as pas vu mes signes ? ROBERT J’ai vu que tu t’agitais... Mais alors, qui est-ce ? BRIGITTE Mais c’est moi ! BERNARD Taisez-vous ! (A Brigitte) Qui êtes-vous ? BRIGITTE Eh bien ! sa maîtresse ! (Elle désigne Robert) BERNARD Ah ! non ! Je vous interdis de vous foutre de moi ! Qu’est-ce que vous faites là ? BRIGITTE, à Robert Je peux le lui dire ? BERNARD Mais bon sang, vous allez répondre oui ou non ? ROBERT Oui ! Réponds ! BRIGITTE, à Robert Parle-moi gentiment, chéri ! ROBERT, à Bernard Oui, parle-moi gentiment, chéri ! BERNARD Alors, gentiment, d’où sortez-vous ? BRIGITTE De l’Agence ! ROBERT Quelle agence ? BRIGITTE Mais je croyais que tu le savais ! ROBERT Mais non, je ne sais rien ! BERNARD, hors de lui Alors, qui êtes-vous ? BRIGITTE Mais la femme de ménage ! BERNARD Quoi ?! (Jacqueline rentrant du jardin.) JACQUELINE A propos, la femme de ménage n’est pas encore arrivée ? BRIGITTE Ah ! Eh bien ! si... BERNARD, coupant et enchaînant. Si... si elle était arrivée, elle serait là ! BRIGITTE Mais la femme de ménage ! ROBERT, coupant, le même jeu. N’est pas venue ! BRIGITTE Mais si ! BERNARD, même jeu Mais si elle était venue... ROBERT Je l’aurai entendue sonner ! BRIGITTE Mais puisque la femme de ménage c’est... BERNARD, idem C’est qu’elle est en retard si elle n’est pas là ! ROBERT C’est normal, d’ailleurs, les femmes de ménage sont toujours en retard ! BRIGITTE Les autres peut-être, mais... ROBERT La preuve, c’est qu’elle devrait être là ! BERNARD Mais qu’elle n’est pas là ! BRIGITTE Mais... ROBEERT Non, elle n’est pas là ! BERNARD D’ailleurs, s’il y avait une femme de ménage ici... ROBERT On l’entendrait ! BERNARD On la verrait ! ROBERT On saurait que c’est la femme de ménage ! BRIGITTE Mais... BERNARD Mais comme in n’entend rien... ROBERT Et qu’on ne voit rien... BERNARD C’est qu’il n’y a PAS de femme de ménage ! ROBERT, reprenant Non ! Il n’y en a pas ! BRIGITTE Il n’y en a pas ? BERNARD Non ! Il n’y en a jamais eu ! ROBERT Non ! Il n’y en a jamais eu ! BRIGITTE Ah ! oui ! Non, il n’y en a jamais eu ! JACQUELINE Oui, eh bien ! Ce n’est pas la peine de faire tant d’histoires parce que la femme de ménage n’est pas encore là ! BERNARD Oui, oui, tu as raison ! Et je suis sûr qu’elle finira par arriver ! JACQUELINE Mais certainement ! C’est une très bonne agence ! BRIGITTE Ah oui, ça c’est vrai ! JACQUELINE Quoi donc ? BERNARD, enchaînant sur Brigitte qui avait déjà ouvert la bouche. Eh bien ! C’est vrai que quand on s’adresse à une bonne agence, on a du bon personnel ! ROBERT, à Brigitte C’est bien ce que tu voulais dire ? BRIGITTE Ah ! Non ! Oui, c’est bien ça ! BERNARD, triomphant Eh bien ! Voilà ! Bon ! (à Robert) Alors, vous êtes installés ? ROBERT Pas encore ! BRIGITTE Non, pas encore ! ROBERT, désignant Brigitte Elle est arrivée quelques minutes avant vous ! BRIGITTE, docile Oui, quelques minutes ! ROBERT Je lui ai ailleurs dit que vous aviez une... BRIGITTE Oui, une seconde chambre ! ROBERT Et elle m’a dit que si ça... BRIGITTE, suivant Robert pied à pied Oui, si ça ne vous dérangeait pas... ROBERT Elle préférerait... BRIGITTE Oui, je préférerais... ROBERT Coucher dans la seconde ! BRIGITTE Oui, coucher dans la seconde ! ROBERT Oui, pas dans la mienne, parce que la nuit... BRIGITTE Il ronfle ! JACQUELINE Je sais ! Je sais !... vous l’avez déjà dit ! Vous n’avez pas de valise ? BRIGITTE Eh bien !... Bien si, c’est ça ! JACQUELINE Ah ! ça ! ROBERT Oui, oh ! c’est tout simple ! BRIGITTE Oui, c’est tout simple ! JACQUELINE Bon ! Alors, venez Mademoiselle ! BRIGITTE Appelez-moi Brigitte ! JACQUELINE Eh bien ! alors, venez Brigitte ! (à Robert) Si vous voulez bien lui porter son sac !... ROBERT Mais oui ! BRIGITTE Mais non, laisse, chéri ! Je suis costaud ! JACQUELINE Ah ! oui, vraiment ? BRIGITTE Forcément, n’est-ce pas ? L’habitude des gros travaux du... BERNARD, coupant Du théâtre ! Du théâtre ! (à Robert) Elle est artiste, c’est bien ce que tu m’as dit, hein ! mon vieux ? ROBERT Oui... oui, oui... elle est... elle est artiste... dans son genre ! BRIGITTE Oui, dans mon genre ! JACQUELINE Et qu’est-ce que c’est, votre genre ? BRIGITTE Eh bien !... BERNARD, à Robert Oui, elle débute, hein mon vieux ? ROBERT Oui, oui ! Elle débute ! oui ! BRIGITTE Je débute ; oui ! JACQUELINE Enfin, vous avez bien un emploi ? BRIGITTE Oui, femme de ménage ! JACQUELINE Bon ! Venez ! Je vais vous installer dans la seconde chambre ! BRIGITTE, prenant son sac Ah oui ! Je préfère, parce que... JACQULINE Oui, je sais ! Il ronfle ! BERNARD Voilà ! Tu es le plus bel abruti que la terre ait porté ! Et quand je dis abruti... ROBERT Ah, non ! Je te préviens tout de suite que si tu m’insultes, je ne te répondrai pas ! BERNARD Mais enfin, tu te rends compte de ce que tu as fait ! ROBERT Oui ! Ce qui était prévu ! On a sonné, j’ai ouvert ! J’ai vu une fille qui m’a dit : Je suis Brigitte ! Bon, eh bien ! pour moi, c’était la bonne ! BERNARD Justement ! Puisque c’était la bonne, il ne fallait pas la faire passer pour ta maîtresse ! ROBERT Mais j’ai cru que c’était la bonne ! Si j’avais su que c’était TA bonne, je ne l’aurais pas prise pour la bonne ! Mais comme TA bonne est arrivée avant la bonne, j’ai pris ta bonne pour la bonne ! C’est clair ! BERNARD Eblouissant ! tu as vu la tête qu’elle a ? ROBERT Quoi, quoi ? Elle n’est pas mal ! BERNARD Pas mal, pas mal... ah ! oui, elle est bien, très bien ! Ça ne t’a pas étonné qu’elle ne soit au courant de rien ? ROBERT Eh bien, je me suis dit que tu n’avais pas eu le temps de lui donner des détails ! BERNARD Et tu t’en es chargé ? ROBERT J’ai fait ce que j’ai pu ! Mais, elle a exigé cinq cents francs ! BERNARD Et ça ne t’a pas fait tiquer non plus qu’elle te demande de l’argent ? ROBERT Oh ! maintenant, tout le monde en demande ! C’est un peu normal de payer à ton âge ! BERNARD Merci ! Merci ! C’est vraiment de mieux en mieux ! ROBERT Total : maintenant ta femme pense que je couche avec la bonne ! BERNARD Qu’est-ce que ça peut te faire ? ROBERT Ça me gêne ! Et si on disait qu’on lui a fait une blague ? BERNARD Jamais de la vie ! On a été beaucoup trop loin ! On ne peut plus reculer ! On y est ! On y est ! (Jacqueline rentre de la deuxième porte cour, suivie de Brigitte.) JACQUELINE Voilà, j’ai installé votre amie... BRIGITTE Oui, oui, j’aime mieux être seule parce que la nuit... JACQUELINE Oui, je sais, je sais ! Vous l’avez déjà dit. (à Bernard) Toujours pas de femme de ménage ? BERNARD Toujours pas ! ROBERT Toujours pas ! BRIGITTE Toujours pas ! JACQULINE, à Brigitte Vous, vous ne pouvez pas le savoir puisque vous étiez avec moi ! BRIGITTE, elle désigne Robert Mais comme il dit toujours pas... JACQUELINE, hochant la tête, méprisante Oui, oui ! Eh bien ! Je vais commencer à préparer le dîner ! ROBERT Mais... (désignant Brigitte) elle va aller avec vous ! (à Brigitte) N’est-ce pas ? BRIGITTE Ah ! Oui ! Parce que là, je serai vraiment à mon affaire ! JACQUELINE Comment ? ROBERT Elle... elle veut dire que ça lui ferait plaisir ! BRIGITTE Oui, ça... ça me ferait plaisir ! ROBERT De vous aider ! BRIGITTE De vous aider ! Comme ça, je serai votre femme de ménage ! BERNARD Voilà ! ROBERT Oui... voilà ! BRIGITTE Oui, voilà !... Mais il faudrait peut-être que je me mette en tenue ? JACQUELINE En tenue ? ROBERT Oui, elle veut dire, si vous pouviez lui prêter un tablier... JACQUELINE Un tablier ? BRIGITTE Alors, avec un tablier, s’il est grand, ça ira ! JACQUELINE Mais oui, mais oui, immense ! Venez ! (la faisant passer) C’est par ici ! BRIGITTE, avant de sortir, devant la porte ouverte par Jacquline Oh ! La belle cuisine ! Elle est super ! (Elle sort) JACQUELINE, à Robert, avant de sortir derrière Brigitte Quelle classe ! Mes félicitations ! Vous avez un goût ! (elle sort) ROBERT Voilà, ça y est ! Je suis l’amant de la bonne ! BERNARD Tu as tout fait pour ça ! (On sonne.)