PYJAMA POUR SIX ACTE I, PARTIE 3 (page 70...) JACQUELINE Eh bien ! Qu’est-ce que tu attends ? BERNARD Pour quoi faire ? JACQUELINE Pour aller te changer ! BERNARD Tu y tiens vraiment ? JACQUELINE Eh bien ! Oui ! Puisqu’on avait décidé de s’habiller pour le dîner. (à Robert) Vous n’avez pas amené un autre costume ? ROBERT Oui, oui ! mais… JACQUELINE Mais quoi ? BERNARD Je sais ! Tu as oublié de dire à Brigitte qu’on voulait faire un dîner habillé ! ROBERT Oui, oui, voilà ! C’est ça ! (Brigitte 1 entre du jardin) BRIGITTE 1 Dites donc… Est-ce que je dois mettre le hachis tout de suite dans les fonds ? JACQUELINE Mais non ! Attendez qu’ils refroidissent ! BRIGITTE 1 C’est bien ce que je me disais ! (Elle va pour ressortir.) BERNARD A propos, est-ce que vous avez pensé à prendre une autre robe ? BRIGITTE 1 Ah ! Oui, ça toujours ! JACQUELINE Toujours ? BRIGITTE 1 Eh bien ! Oui, chaque fois que je suis en déplacement, je l’ai dans mon sac ! (Geste vers la sa chambre.) BERNARD, coupant Eh bien ! Alors, c’est parfait ! (à Robert) Hein ? ROBERT Oui, oui, parfait. BRIGITTE 1 Bon ! Alors, je mets les fonds au frais sans le hachis ? JACQUELINE Oui, c’est ça ! C’est très gentil ! Et puis alors, sans vous commander, si vous trouvez les couverts qui sont dans le buffet… en bas dans le tiroir de gauche… ! BRIGITTE 1 Okay ! (Elle sort.) JACQUELINE Bon ! Alors, comme nous avons tout ce qu’il faut… (à Bernard) Vas-y ! BERNARD J’irai tout à l’heure ! Sinon, il sera seul ! ROBERT Oh ! Oui, je peux aussi aller me changer maintenant si vous voulez ! BERNARD Oui, oui ! On peut y aller tous les deux ! JACQUELINE Non, on ira chacun à notre tour, comme ça aucun de nous ne restera seul ! BERNARD Bon, bon ! Puisque tu y tiens, j’y vais ! (Il sort à regret porte 1 jardin) JACQUELINE Moi, à ta place, je serais morte de honte ! ROBERT Je t’en prie, calme-toi ! JACQUELINE, montant le ton Me calmer ? Ah, mais non ! Au contraire ! ROBERT Mais je t’en supplie, ne t’énerve pas ! C’est mauvais pour le teint ! Il paraît que l’intérieur de l’estomac devient orange ! JACQUELINE Eh bien ! Avec ce que je supporte, le mien doit être violet ! (Robert est tout près d’elle, lui tenant les mains pour essayer d’apaiser la colère montante de Jacqueline quand Brigitte 1 entre brusquement.) BRIGITTE 1, les regardant Voilà ! (Jacqueline sursaute et repousse Robert qui s’est lui-même reculé rapidement) JACQUELINE Voilà quoi ? BRIGITTE 1, les regardant toujours Rien, rien ! Je dis : voilà ! Voilà les couverts ! JACQUELINE Posez-les là ! BRIGITTE 1 Je les dispose ? JACQUELINE Non, vous les posez ! BRIGITTE 1 Sans les disposer ? JACQUELINE Non ! Je le ferai ! BRIGITTE 1 Alors ? Je les pose simplement là ! JACQUELINE Oui ! BRIGITTE 1 En vrac ? JACQUELINE Oui ! BRIGITTE 1 Autrement dit, je jette ? JACQUELINE Vous jetez ! BRIGITTE 1 Alors, voilà ! J’ai jeté ! (Elle lâche les couverts sur la table, et s’approchant de Robert :) Alors ? ROBERT Alors quoi ? BRIGITTE 1 Tu es content d’être ici, chéri ? ROBERT, toussotant Mais oui, mais oui ! BRIGITTE 1 Alors, embrasse-moi ! ROBERT Mais non ! Pas maintenant, voyons ! BRIGITTE 1 Ça ne vous dérange pas, j’espère ? JACQUELINE Moi ? Pensez-vous ! Pourquoi est-ce que ça me dérangeait ? BRIGITTE 1, en s’accrochant à Robert Eh bien ! Tu vois ! Puisque ça ne la dérange pas, il n’y a pas besoin de se gêner ! ROBERT Si, moi ! Ça me gêne ! BRIGITTE 1 Oh là là ! Ces manières ! JACQUELINE Dites donc, il me semble que… (Elle renifle.) BRIGITTE 1 Ah ! Oui ! Ça, c’est des queues de champignons qui gratinent ! Ça sent la forêt ! (Elle sort.) JACQUELINE Me tromper avec … ça ! (Elle va disposer les couverts.) Ah ! Il y a de quoi être fier, vraiment ! ROBERT Je t’en prie, Jacqueline ! Laisse-moi t’expliquer ! JACQUELINE Expliquer quoi ? ROBERT De venir ici ! N’est-ce pas, vis-à-vis de Bernard, ce… ce n’est pas très élégant ! Ce n’est même pas élégant du tout ! JACQUELINE Mais dis donc, tu as beaucoup moins de scrupules quand on se voit à Paris ! ROBERT A Paris, ça n’est pas pareil ! Ici, je suis chez lui, enfin chez toi, enfin chez vous ! JACQUELINE N’essaie pas de changer le sujet ! Alors que tu m’impose ta maîtresse ! ROBERT Mais ce n’est pas ma maîtresse ! JACQUELINE Je te préviens tout de suite que tu perds ton temps si tu veux essayer de me faire croire que c’est ta nièce ! ROBERT, sautant sur l’idée Eh bien ! Si, voilà, justement ! Tu ne crois pas si bien dire : c’est ma nièce ! JACQUELINE Ah ! Non ! Je t’en prie ! Ne me prends pas pour une idiote ! Arrête ! ROBERT Quoi, arrête !? Est-ce qu’elle a voulu dormir dans la même chambre que moi ? Non ! Pourquoi. JACQUELINE Parce que tu ronfles et parce que ta maîtresse… ROBERT Ma nièce ! JACQUELINE Alors, si c’est ta nièce, comme ta nièce sait-elle que tu ronfles ? ROBERT Parce que je suis son oncle ! Dans les familles, ces choses-là, ça se sait ! JACQUELINE Tu te fous de moi ? ROBERT Mais enfin, pense à ce que nous sommes l’un pour l’autre ! JACQUELINE Oui ? Eh bien ? ROBERT Eh bien ! Si elle était ma maîtresse, je n’aurais jamais accepté de venir ici avec elle pour te la montrer, voyons ! C’est logique ! JACQUELINE Oui… Vu comme ça… ROBERT Il n’y a pas de : vu comme ça ! C’est m’évidence ! JACQUELINE Oui ! Oui ! Bon, admettons. Mais alors, veux-tu me dire ce que ta nièce fait avec ses « chérie », « embrasse-moi », et « ça ne vous dérange pas », et patati et patata ? ROBERT Ah ! C’est justement pour avoir l’air d’être ma maîtresse ! Parce qu’en lui laissant croire que c’est ma maitresse, j’écarte complètement les soupçons qu’il pourrait avoir vis-à-vis de nous ! Enfin de toi et de moi ! JACQUELINE Ah ! Oui, ça évidemment… Je n’aurais jamais pensé à ça ! ROBERT Oui, oui ! Je sais que c’est très fort, mais… il faut penser à tout ! JACQUELINE Oui, c’est vrai, pardon ! (Ils vont s’embrasser quand Brigitte 1 entre brusquement.) BRIGITTE Voilà ! (Jacqueline sursaute comme Robert.) JACQUELINE Quoi ? BRIGITTE J’ai enfin trouvé les porte-couteaux, mais j’ai eu du mal. Ils étaient sous l’évier dans une boîte à chaussures ! (s’approchant du Robert) JACQUELINE Oui, non, mais ne vous fatiguez plus, je suis au courant ! BRIGITTE 1 Au courant ? Au courant de quoi ? JACQUELINE, désignant Robert Et bien ! Il m’a tout dit ! ROBERT Oui, tout ! BRIGITTE, étonnée Ah bon ! Vous savez que je suis la… ROBERT, coupant Ton tonton ! BRIGITTE 1 Oui, d’accord ! Ton tonton, tontaine et tonton, je connais la chanson ! ROBERT Si tu la connais, tu la chantes ! BRIGITTE 1 Oui, oui, je vais la chanter, mais pour un tonton : JACQUELINE, désignant Robert JACQUELINE Vous voulez dire pour lui ? ROBERT Oui, oui, c’est ce qu’elle veut dire ! BRIGITTE 1 Oui ! Mais je la chanterai surtout pour Pascal ! JACQUELINE Pascal ? ROBERT, coupant Oui, oui, Pascal, c’est un ami à elle ! BRIGITTE 1 Ah ! Oui, un ami très cher ! Je n’ai pas souvent l’occasion de le voir, alors, il me manque ! Surtout en fin de mois ! JACQUELINE Bon ! Eh bien ! Tout ça c’est très bien, mais on n’a pas fini d’arranger la table, alors si personne ne m’aide… ROBERT Oui, volontiers ! JACQUELINE Mais non ! Mais non ! Votre nièce va le faire ! BRIGITTE 1 Ah ! Ça je sais le faire ! Et vite fait ! ROBERT Mais alors moi, qu’est-ce que je fais ? JACQUELINE Vous allez vous changer pour le dîner ! ROBERT Bon ! Bon ! Je vous laisse avec ma nièce ! (à Brigitte) Hein ? BRIGITTE 1 Mais oui, mais oui ! Du moment que je vais retrouver mon Pascal, tu peux être tranquille, tonton ! ROBERT Bon, bon ! (Il se dirige vers la porte de sa chambre et comme Jacqueline lui tourne le dos, il en profite pour lever la main à l’intention de Brigitte 1 en écartant les doigts comme pour dire 500 F ; il sort.) BRIGITTE 1 Dites donc, je ne voudrais pas que vous pensiez que je suis aussi sa maîtresse ! JACQUELINE Oui ! Je sais que vous avez l’air d’être sa maîtresse, uniquement pour jouer les paravents ! BRIGITTE 1 Les paravents ? JACQUELINE Oui ! Et c’est très gentil d’avoir accepté ce rôle ! BRIGITTE 1 De paravent ? JACQUELINE Oui ! BRIGITTE 1 Mais entre nous, hein, c’est la première fois que je joue un paravent ! JACQUELINE Oui, je sais, je sais ! Mais vous les jouer très bien ! BRIGITTE 1 Je suis contente que ça vous plaise ! BRIGITTE 2 Voilà les serviettes, madame ! Vous ne devinerez jamais où elles étaient ! JACQUELINE Non, mais l’essentiel c’est que vous les ayez ! Et comment ça va à la cuisine ? BRIGITTE 2 Ça suit son cours ! JACQUELINE Parfait ! Regardez ce qui manque ici ! Ah ! Les verres ! Vous savez où ils sont ? BRIGITTE 2 Ah non ! Non ! Mais en cherchant bien, on va les trouver ! JACQUELINE Bon ! Alors, je vous laisse vous en occuper ? (à Brigitte 2) Vous finissez d’arranger ça avec elle ! (elle montre la table) BRIGITTE 2 Bien, madame ! JACQUELINE Moi, je vais passer une robe ! BRIGITTE 2 Dites donc, je ne vais pas continuer à prendre votre place ! BRIGITTE 1 Mais c’est vous qui me prenez la mienne ! BRIGITTE 2 Comment ? BRIGITTE 1 Mais oui ! Puisque c’est vous la femme de ménage, et qu’il ne peut pas y en avoir deux ! BRIGITTE 2 Non, mais c’est vous qui l’êtes vraiment ! C’est vous qui le dites ! BRIGITTE 1 Ah ! Vraiment, vraiment... C’est vous qui le dites ! BRIGITTE 2 Enfin, c’est la vérité ! BRIGITTE 1 La vérité, la vérité... Il n’y a que les initiés qui la connaissent ! BRIGITTE 2 Mais à quoi ça vous sert de ne pas vouloir de redevenir la femme de ménage ? BRIGITTE 1 Ah ! Ça me sert à gagner gentiment ma vie ! (Plus fort) Vous n’allez pas m’en empêcher, non ? (Bernard entre en chemise habillée et pantalon foncé.) BERNARD Mais qu’est-ce qui se passe ? Tout va bien ? BRIGITTE 1 Oui, oui, ça roule ! BRIGITTE 2 Ah ! Non ! Elle ne veut pas reprendre sa place de femme de ménage ! BERNARD, à Brigitte 2 Mais elle ne peut pas, voyons ! Ça aurait l’air de quoi ? Mais ça va s’arranger et s’arranger tout de suite ! Ecoutez ! (à Brigitte 1) Je vous pose une question et vous répondez par oui ou par non ! BRIGITTE 1 Ce sont des questions aussi bêtes qu’à la télé ? BERNARD Non, moins ! BRIGITTE 1 Alors, je ne sais pas si je saurai répondre ! BERNARD Vous pourrez ! BRIGITTE 1 Et si je gagne, qu’est-ce que je gagne ? Pas un paquet de lessive, hein ! Parce que je vous dis tout de suite que les paquets de lessive... BERNARD 500 F ! BRIGITTE 1 En plus ? BERNARD Oui ! Bref, voilà la question ! Etes-vous d’accord d’aller coucher dans la chambre à côté de la cuisine ? BRIGITTE 1 Pour 500 F tout le monde y va ! BERNARD, à Brigitte 2 Eh bien, voilà ! Et vous échangerez vos chambres plus tard ! (à Brigitte 1) Mais que la patronne n’en sache rien ! BRIGITTE 1 Pourquoi ? BERNARD Parce que... c’est trop compliqué pour vous ! Alors, ici, vous avez fini ? BRIGITTE 1 Non, il manque les verres ! BERNARD Eh bien ! Alors ? BRIGITTE, désignant Brigitte 2 Alors, c’est elle qui va les chercher ou moi ? BERNARD Vous ! BRIGITTE 1 Alors, je suis de nouveau la femme de ménage ? BERNARD Non, non ! Vous êtes l’invitée qui aide au ménage ! BRIGITTE 2 Puisque la femme de ménage, c’est moi ! BRIGITTE 1 Ah ! ... Oui ! Eh bien, c’est ce que je vous avais dit tout à l’heure ! (à Bernard) Elle a fini par y venir, hein ! Bon ! Alors, où est-ce que je vais trouver des verres dans ce caravansérail ! BERNARD Eh bien ! Voilà ! Tu vas voir que tout va s’arranger très bien ! BRIGITTE 2, se dégageant Oui, oui, mais alors, tu t’es débrouillé pour que je reste avec vous toute la soirée ? BERNARD Mais je vais le faire ! BRIGITTE 2 J’ai l’impression que je ne te plais plus ! BERNARD, la prenant dans ses bras Mais non, voyons, mais mets-toi à ma place ! Ce n’est pas commode du tout, tout ça ! (Ils vont s’embrasser au moment où Jacqueline entre en robe du soir.) JACQUELINE Bernard ! BERNARD, sursautant et sautant sur un pied Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe ! JACQUELINE Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? BERNARD Comment qu’est-ce qu’il y a ? Elle vient de me marcher sur le pied ! JACQUELINE, à Brigitte 2 Enfin, vous ne pouvez pas faire attention ? Ne restez plus plantée là ! Ce n’est tout de même pas à Brigitte de s’occuper des verres ! BRIGITTE 2 Bon, bon, bon. J’y vais. (elle sort) JACQUELINE, regardant le pied de Bernard Ça va quand même ? BERNARD Oui, oui, ça va ! Ça va, et toi ? JACQUELINE Oui, oui, ça va très bien ! (Robert entre habillé en smoking) ROBERT Voilà, je suis prêt ! JACQUELINE Ah ! Et bien, vous êtes... vous êtes... comment dirais-je ? BERNARD Superbe ! Il est superbe ! Tourne un peu pour voir... JACQUELIN Bon ! Je vais voir ce qui se passe à la cuisine ! (elle sort) BERNARD, à Robert Dis donc ! Il faut que tu persuades Jacqueline d’inviter Brigitte à dîner ! ROBERT Pourquoi ? BERNARD Enfin, je ne veux pas la laisser moisir à office, pendant que la femme de ménage va s’empiffrer avec nous ! ROBERT Eh bien, qu’est-ce que tu veux que je lui dise ? BERNARD Je ne sais pas ! (Jacqueline entre) JACQUELINE Dis-moi, Bernard ! Tu as pensé au vin ? BERNARD Ah ! Bon sang ! C’est vrai ! J’y vais. (il sort) JACQUELINE Alors, comme ça, je te plais ? ROBERT Ah oui ! Ah oui ! Vraiment beaucoup ! Tu es très... très, très, très... enfin, très belle ! JACQUELINE Tu trouves ? ROBERT Ah oui ! Et puis, alors, cette robe épouse ton corps. J’ai l’impression que je te déshabille ! JACQUELINE Tu es le plus beau menteur que je connaisse ! ROBERT Mais qu’est-ce que c’est que ces idées ? JACQUELINE, sortant de son corsage un papier plié et le lui montrant Et ça ? Est-ce que tu t’appelle ça des idées ? ROBERT Mais qu’est-ce que c’est ça ? (Il tend la main) JACQUELINE, retirant sa main avec le papier Ça ? C’est un talon de chèque ! Oui ! figure-toi que ce talon porte la somme de 35 000 F à l’ordre de la maison Goldenbaum et Goldenbaum ! ROBERT Ça, c’est inouï ! JACQUELINE Ah ! Oui ! ça, c’est fantastique ! Je dirais même fabuleux ! (Bernard rentre avec deux bouteilles de vin.) BERNARD Voilà, ça y est ! Il est chambré, épatant ! (Jacqueline remet précipitamment le papier dans son corsage.) JACQUELINE Eh bien ! C’est... c’est... c’est très bien ! ROBERT Oui, oui, très bien ! Très bien ! BERNARD, les regardant, puis à Robert Tu as pensé à la femme de ménage ? JACQUELINE Quoi, la femme de ménage ? BERNARD Il me disait... ROBERT Oui, oui... elle va... elle va sûrement nous entendre ! BERNARD Oui, quand on va manger... ROBERT Boire... BERNARD Et rire... JACQUELINE Et alors ? ROBERT Alors, pour elle, c’est peut-être un peu triste ! BERNARD Oui, de la laisser dîner... ROBERT ... sur un coin de table ! BERNARD Dans la cuisine... ROBERT Toute seule ! BERNARD Voilà ! Surtout pour une fille... ROBERT Qui n’a pas l’air d’aime le métier qu’elle fait ! JACQUELINE Oh ! C’est vous qui avez vu cette idée-là ? ROBERT et BERNARD, ensemble se désignant Non, non, non ! C’est lui ! JACQUELINE Dans le fond, pourquoi pas, si ça peut lui faire plaisir ! (Brigitte 2 entre avec un pâté en croûte dans un plat) BRIGITTE 2 J’ai pensé qu’il fallait apporter ça ! JACQUELINE Ah ! Oui, oui, oui ! Posez-le là ! BERNARD Mais non, mais non, donnez-le-moi ! (Il le prend et va le poser sur la table.) JACQUELINE A propos, est-ce que ça vous amuserait de dîner avec nous ? BRIGITTE 2 Oh, Madame ! Je ne sais pas, si ma condition... BERNARD Mais si, mais si ! ROBERT, en écho Mais si, mais si ! JACQUELINE Acceptez ! BRIGITTE 2 Oh, si vous insistez ! BERNARD Nous insistons ! (à Robert) N’est-ce pas ? ROBERT Mais oui, oui ! Nous insistons ! BRIGITTE 2 Je ne voudrais pas vous déranger ! BERNARD Mais ça ne nous dérange pas du tout ! ROBERT De rajouter un pouf ! JACQUELINE Alors ? BRIGITTE 2 Alors, je dois vous dire que ça m’embêtait un peu de rester seule à la cuisine ! Surtout aujourd’hui ! JACQUELINE Aujourd’hui ? BRIGITTE 2 Oui, parce que c’est mon anniversaire ! BERNARD, à Robert Ah ? Ah ? C’est son anniversaire ! JACQUELINE, aux deux hommes Eh bien ! On dirait que vous l’avez senti ! BERNARD N’est-ce pas ? BRIGITTE 2 Mais il faudrait peut-être que je me change ? BERNARD Oui, oui, si vous avez quelque chose... JACQUELINE Oui, qui vous serve pour les dîner ! BRIGITTE 2 Enfin, c’est une robe de dîner ! JACQUELINE Alors, allez la mettre ! BRIGITTE 2 Oh ! Merci ! Je suis ravie ! Eh bien, alors, à tout de suite ! (elle sort) JACQUELINE Mais je n’ai jamais vu une femme de ménage comme ça ! BERNARD, à Robert Nous non plus ! (Brigitte 1 entre avec des verres) BRIGITTE 1 Voilà ! JACQUELINE, avec une agressivité contenue Ah ! Vous voilà, vous ! BRIGITTE 1 Oui, c’est moi ! C’est à quel titre ? JACQUELINE Pour rien ! BRIGITTE 1, en posant les verres sur la table J’ai dû les frotter, ils étaient dégoûtants, hein ! JACQUELINE Oui, bon ! Ça va bien ! (La regardant brusquement) Mais vous ne vous êtes pas encore changée ! BRIGITTE 1 Changée ? JACQUELINE Oui, oui ! Vous avez bien une robe de dîner ? BRIGITTE 1 Ah ! Oui, oui, pour les dîners ! Mais c’est plus habillé que ça, hein ! JACQUELINE Eh bien, alors, allez la mettre ! BRIGITTE 1 Bon, bon ! En cinq sec, c’est parti pour les chichis ! (elle sort par la porte de sa chambre) BERNARD Et moi, je n’ai plus qu’à aller enfiler mon veston ! (il sort) JACQUELINE Oui ! Il n’a plus que ça à faire maintenant qu’il a habillé ta nièce ! ROBERT Mais enfin, voyons ! Veux-tu me dire pourquoi il lui aurait offert un manteau ? JACQUELINE Mais tout simplement parce qu’il est son amant ! Et qu’il t’a demandé de me faire croire que ta nièce est TA maîtresse pour que je ne me doute pas qu’elle est la sienne ! ROBERT Mais jamais de la vie ! JACQUELINE Alors, si ce n’est pas ça, pourquoi est-ce que ta nièce est venue avec toi ? ROBERT Eh bien, j’ai pense que ça lui ferait du bien de prendre un peu de l’air. JACQUELINE Et pour qu’elle n’attrape pas froid, tu as demandé à Bernard de lui offrir un manteau ! ROBERT Il ne faut pas se fier aux apparences ! JACQUELINE Tais-toi ! Tu es encore plus menteur que lui ! Et ta nièce, c’est une grande artiste ! ROBERT Mais tu t’imagines des choses ! Tu t’imagines ! (Bernard entre avec son veston de smoking.) BERNARD Voilà ! Ça y est ! Je suis prêt ! JACQUELINE, sèchement Eh bien, alors, finissons-en avec ce dîner ! Mettons-nous à table ! BERNARD Tu ne crois pas qu’on devrait peut-être attendre les autres ? (A ce moment-là, Brigitte 1 entre de sa chambre. Elle porte une tenue de femme de chambre pour servir à table.) BRIGITTE 1 Voilà ! J’espère que je n’ai pas été trop longue ! JACQUELINE, la regardant, stupéfaite Mais qu’est-ce que c’est que ça ? (Bernard et Robert sont également sidérés, mais Robert se ressaisit.) ROBERT Ah ! C’est très drôle ça ! Elle a mis son costume de théâtre ! JACQUELINE Pour le dîner ? BRIGITTE 1 Ah, oui, toujours ! Je le mets toujours pour les dîners ! BERNARD Mais c’est une très bonne idée ! ROBERT Oui, oui, très amusante ! BRIGITTE 1 Je suis contente que ça vous plaise ! JACQUELINE, regardant Robert Ah, parce que vous pensez que... enfin que ça va ? ROBERT Eh bien, c’est-à-dire, attendez ! Attendez ! Parce qu’elle a des trucs ! BRIGITTE 1 Des trucs ? Quels trucs ? Je n’ai pas de trucs ! ROBERT Eh bien, alors, voilà le travail ! (Robert et Bernard font des changements avec la robe de Brigitte. A la fin de la métamorphose de Brigitte 1, ils la feront tourner lentement sur elle-même comme pour une présentation de mode.) ROBERT Eh bien alors, voilà le travail ! (Brigitte 2 rentre à ce moment-là vêtue d’une robe du soir somptueuse et elle tient un plat avec une énorme langouste qu’elle présente aux hommes en faisant le tour pour revenir enfin à la table.) BRIGITTE 2 Si ces messieurs-dames veulent passer à table... (Elle avance avec le plat jusque vers Jacqueline. Les quatre personnages la regardent médusés.) ROBERT Ah ! ça pour une belle langouste... c’est une belle langouste ! FIN DU PREMIER ACTE