II.f.   L’Education

   L’école française du XXIe siecle n’a plus grand- chose `a voir avec celle des années
   cinquante, encore largement marquée par l’héritage de Jules Ferry. Depuis la Seconde Guerre
   mondiale, le systeme éducatif français a connu des mutations assez profondes, notamment en
   réponse `a une forte croissance de la scolarisation apres l’école primaire. Successivement, le
   college, le lycée puis l’université ont ouvert largement leurs portes aux nouvelles
   générations. L’éducation s’est massifiée et a du s’adapter pour scolariser des publics
   nouveaux. Elle n’a cessé de réformer son organisation pour prendre en compte l’allongement de
   la durée des études. La démocratisation des études s’est imposée pour faire face `a la fois `a
   une demande sociale pressante et aux transformations socio-économiques de la société exigeant
   une élévation du niveau de qualification des actifs. Ce processus n’est pas terminé, mais il
   suscite, en France comme ailleurs, des interrogations de plus en plus fortes relatives aussi
   bien `a la portée réelle de l’égalité devant l’école qu’`a l’adéquation des formations `a
   l’emploi.

   

  II.f.i.  Chronologie

   

   ·        1881-1882 : Lois Jules Ferry sur un enseignement primaire gratuit, obligatoire
   (jusqu’`a 13 ans révolus) et laic.

   ·        1959 : L’obligation scolaire est portée `a 16 ans. Les cours complémentaires (des
   écoles primaires) deviennent des colleges d’enseignement général (CEG).

   ·        1963 : Création des colleges d’enseignement secondaire (CES) par transformation des
   CEG et des classes de premier cycle des lycées, et des colleges d’enseignement technique
   (CET).

   ·        1965 : Création des baccalauréats de techniciens et du brevet d’études
   professionnelles (BEP) qui complete le certificat d’aptitude professionnelle (CAP).

   ·        1966 : Création des instituts universitaires de technologie (IUT).

   ·        1968 : Loi Edgar Faure réorganisant l’enseignement supérieur, favorisant l’autonomie,
   la participation et la pluridisciplinarité.

   ·        1973 : Création du diplôme d’études universitaires générales (DEUG).
   Professionnalisation de certaines filieres dans le cycle supérieur.

   ·        1975 : Création du college unique par la fusion des filieres des CES au niveau du
   cycle d’observation.

   ·        1976 : Remplacement des colleges d’enseignement technique (CET) par les lycées
   d’enseignement professionnel (LEP) puis par les lycées professionnels (LP).

   ·        1981 : Création des zones d’éducation prioritaire (ZEP).

   ·        1982 : Lois de décentralisation qui étendent les pouvoirs, en matiere de construction
   et de fonctionnement, des communes sur les écoles, des départements sur les colleges et des
   régions sur les lycées.

   ·        1985 : Le lycée technique devient le lycée technologique. Création du baccalauréat
   professionnel (bac pro) préparé dans les lycées professionnels apres le BEP.

   ·        1989 : Loi d’orientation qui fixe comme objectif de conduire l’ensemble d’une classe
   d’âge au minimum au CAP ou au BEP, et 80 % au niveau du bac. Création des instituts de
   formation des maîtres (IUFM).

   ·        1992 : Naissance des lycées d’enseignement général et technologique.

   ·        1993 : Rénovation de la classe de premiere et création des filieres L (littéraire), S
   (scientifique), ES (économique et sociale), STI (sciences et technologies industrielles) et
   STT (sciences et technologies tertiaires).

   ·        1997 : Réforme François Bayrou de l’université.

   ·        2002 : Harmonisation des diplômes universitaires européens autour des grades LMD
   (licence, master, doctorat) et de l’adoption du systeme européen d’unités capitalisables et
   transférables, dit systeme européen de crédits (ECTS).

  II.f.ii.  Les grandes étapes de la scolarisation de masse

   L’histoire du systeme éducatif français depuis la Libération a été rythmée par trois grands
   chocs démographiques, trois vagues de scolarisation touchant successivement le college, le
   lycée puis l’université. Jusqu’`a la Seconde Guerre mondiale, l’égalité devant l’école
   s’arretait `a la fin de l’école primaire. Progressivement, l’exigence d’égalité va se porter
   sur des niveaux de plus en plus élevés du systeme scolaire. De nouveaux publics vont pénétrer
   les classes de l’enseignement secondaire puis les amphithéâtres de l’université jusqu’alors
   réservés aux enfants d’origine sociale plutôt privilégiée, modifiant ainsi l’organisation mais
   aussi le rôle de l’école dans la société française tant du point de vue de ses structures, que
   des contenus ou du métier d’enseignant. Le college unique, l’objectif des " 80 % niveau bac "
   et l’université de masse ont été les réponses `a cette demande de démocratisation des savoirs.

    Les années soixante : " l’explosion scolaire " et le college unique

   La poursuite de plus en plus massive des études apres l’école primaire a formé, dans les
   années soixante, le premier choc qualifié d’explosion scolaire. Elle a bouleversé
   l’organisation du premier cycle de l’enseignement scolaire aboutissant dans les années
   soixante-dix au college unique.

   En partie liée au boom démographique, mais pas seulement, la reconnaissance de l’importance de
   la hausse du niveau de scolarisation des jeunes Français met `a mal une organisation duale de
   l’enseignement secondaire héritée, `a la fois de l’époque napoléonienne et de Jules Ferry.

   Jusqu’aux années cinquante, le systeme éducatif français était organisé en deux niveaux
   paralleles, primaire et secondaire, ne concédant `a l’immense majorité de la population que la
   seule éducation primaire, réservant `a une élite et `a quelques boursiers méritants l’acces
   aux lycées. La démocratisation de l’enseignement secondaire a d’abord été un projet porté par
   la gauche du Front populaire. Elle sera reprise par les élites modernisatrices des Trente
   Glorieuses (1945-1975, période de forte croissance économique) soucieuses de répondre au
   besoin de qualification qu’impose l’impératif industriel. Elle s’est traduite par la création
   d’un premier cycle du secondaire progressivement unifié, destiné `a tous les enfants sortant
   de l’école primaire.

   L’allongement de la scolarité obligatoire `a seize ans et la transformation des cours
   complémentaires d’enseignement primaire supérieur en colleges d’enseignement général, en 1959,
   précedent la création des colleges d’enseignement secondaire en 1963. Ils ont créé les
   conditions de la démocratisation de l’enseignement secondaire.

   L’enseignement professionnel n’échappe pas aux transformations. L’industrie exige des
   qualifications nouvelles, ce qui se traduit notamment par la création de nouveaux diplômes,
   comme le brevet d’études professionnelles (BEP), moins spécialisé que les certificats
   d’aptitude professionnelle (CAP) et les baccalauréats de technicien.

   Néanmoins, tous les enfants ne suivent pas les memes études au college, dans lequel des
   filieres tres distinctes continuent `a cohabiter. Ainsi, les préparations au CAP en trois ans
   `a la sortie de la classe de cinquieme subsistent car elles correspondent d’une part, `a une
   demande des entreprises, et, d’autre part, `a une conception des colleges plutôt comme des
   petits lycées que comme une école moyenne pour tous.

   On observe toutefois une sensibilité croissante au refus de la sélection, une perception
   grandissante des orientations vers le professionnel comme un échec, malgré des tentatives de
   limiter les enseignements généraux pour favoriser les enseignements techniques et
   professionnels. Dans ce contexte, l’enseignement privé apparaît parfois comme une façon
   d’échapper `a l’échec des éleves dans le public.

   La réforme Haby créant les colleges uniques en 1975 clôt cette période. Elle est censée offrir
   `a tous les enfants un meme enseignement jusqu’`a l’entrée au lycée, `a etre cette école
   moyenne, fondamentale dont certains revaient depuis les années trente.

    1985-1995 : 80 % au niveau bac

   L’augmentation des effectifs en college ne se répercute pas immédiatement dans le second cycle
   de l’enseignement secondaire. Les effectifs lycéens croissent mais sans commune mesure avec le
   nombre de collégiens. Il faut attendre le milieu des années quatre-vingt pour assister `a une
   nouvelle vague de scolarisation concernant cette fois-ci le lycée. En 1989, une loi
   d’orientation pose le principe de la généralisation de la scolarisation jusqu’au terme du
   second cycle et fixe comme objectif de conduire 80 % de la classe d’âge au niveau du
   baccalauréat. Ce principe exprime l’ambition d’une hausse nouvelle du niveau d’éducation des
   Français. Les effectifs des lycées de l’enseignement secondaire croissent alors rapidement. Le
   nombre de bacheliers passe de moins de 30 % d’une classe d’âge en 1985 `a plus de 62 % en
   1995, pour stagner plus ou moins depuis lors.

   Si le college, du moins formellement, offre un enseignement unique, les lycées proposent des
   filieres diversifiées. L’augmentation du pourcentage des bacheliers est certes obtenue par une
   croissance des bacheliers généraux qui passent d’environ 20 % en 1985 `a pres de 38 % d’une
   génération en 1995 (33 % en 2001), elle s’explique cependant encore plus par la croissance des
   bacheliers technologiques (passant de 10 % `a 18 %) et surtout par la création d’un bac
   professionnel en 1985. Ce nouveau diplôme professionnel, préparé dans les lycées
   professionnels apres le BEP, représente désormais plus d’un bac sur six. Depuis 1995, le
   pourcentage de bacheliers généraux dans une génération baisse alors que les proportions de
   bacheliers technologiques et surtout professionnels continuent d’augmenter.

    Les années quatre-vingt-dix : l’université de masse

   Alors que la montée des effectifs lycéens n’avait pas suivi immédiatement celle des colleges,
   la hausse du nombre des étudiants prolonge quasi immédiatement celle des lycéens. Ce n’est pas
   la premiere fois que les universités connaissent une forte croissance. Ainsi, les effectifs
   avaient déj`a quadruplé entre 1958 et 1968, entraînant une premiere diversification des
   étudiants comme des enseignants, mais sociologiquement le recrutement restait assez sélectif.

   Avec l’élévation du nombre de bacheliers dans les années quatre-vingt/quatre-vingt-dix,
   l’absence de toute sélection `a l’entrée des universités, comme la gratuité de cet
   enseignement supérieur, vont contribuer `a une augmentation quasi immédiate du nombre des
   étudiants. Il ne s’agit plus seulement des bacheliers des filieres générales, ils proviennent
   aussi des filieres techniques, voire des bacs professionnels. De nouveaux publics entrent
   ainsi massivement dans l’enseignement supérieur dont les effectifs passent de 1,17 million en
   1980 `a plus de 2 millions en 1995 pour se stabiliser depuis. Le niveau de fréquentation de
   l’enseignement supérieur français se situe `a un rang moyen dans les comparaisons
   internationales.

   

  II.f.iii.         L’organisation du systeme éducatif

   Cette rapide rétrospective historique permet de comprendre dans quelle dynamique s’inscrit le
   systeme éducatif français. Face `a une demande accrue d’éducation et `a une exigence
   d’élévation du niveau de qualification des jeunes, il s’est transformé assez profondément. Les
   jeunes qui fréquentent les colleges, les lycées et les universités et les parcours qu’ils
   suivent n’ont plus grand- chose `a voir avec ceux de la IIIe et de la IVe République.
   Néanmoins, certains principes éducatifs qui commandent l’éducation française depuis le XIXe
   siecle sont toujours présents et assurent une certaine permanence face aux changements dans
   l’organisation du systeme éducatif français.

    L’école maternelle : une réussite méconnue

   Ni garderies ni jardins d’enfants, les écoles maternelles, créées en 1881, sont des
   établissements d’éducation qui reçoivent les enfants de 2 `a 6 ans. Dotée d’une identité
   originale et d’une culture adaptée `a l’âge et au développement des enfants qu’elle accueille,
   l’école maternelle met en œuvre une pédagogie spécifique. Les enseignants offrent `a
   chaque enfant un cadre de vie et une organisation des activités qui favorisent son autonomie
   et lui laissent le temps de vivre ses premieres expériences tout en favorisant de nouvelles
   acquisitions.

   La scolarisation en maternelle n’est pas obligatoire, mais elle fait l’objet d’une forte
   demande. A cet égard, le cas de la France est exceptionnel : plus de 99 % des enfants de 3 ans
   fréquentent l’école maternelle, en majorité dans l’enseignement public.

   L’école maternelle permet aux enfants scolarisés de faire l’apprentissage de la vie en
   société, de former leur personnalité et de développer la pratique du langage. Elle permet
   aussi le dépistage des difficultés sensorielles, motrices ou intellectuelles et favorise leur
   traitement précoce. Pour les enfants de milieux défavorisés, elle est un instrument efficace
   d’insertion. Enfin, les plus grands peuvent y commencer l’apprentissage de la lecture.

   Des observations rigoureuses ont permis de démontrer la bonne influence de la préscolarisation
   sur la suite de la scolarité.

    L’organisation générale

   Globalement, l’organisation actuelle du systeme éducatif se caractérise par une architecture
   assez simple. A la base se situe l’enseignement primaire qui regroupe les maternelles et
   l’école primaire. Ce regroupement traduit le désir d’établir une continuité entre la
   maternelle et l’école primaire en commençant les apprentissages fondamentaux chez les
   tout-petits avant de rejoindre l’école primaire. Les jeunes enfants ont la possibilité
   d’entrer `a la maternelle `a deux ans, et c’est une particularité française qui est un grand
   avantage pour les femmes qui travaillent. 35,5 % des enfants de deux ans sont scolarisés, ceux
   de trois ans étant scolarisés quasiment `a 100 %. La scolarité devient obligatoire `a six ans.

   Apres cinq années d’école primaire, les enfants accedent `a l’enseignement secondaire, qui est
   divisé en deux cycles. Le premier cycle est celui du college unique (meme s’il subsiste des
   voies dérogatoires) qui débouche pour la grande majorité des éleves sur le deuxieme cycle et
   ses lycées professionnels, généraux et technologiques. Les lycées conduisent désormais plus de
   60 % des enfants d’une classe d’âge au baccalauréat. Tous les bacs, toutefois, n’offrent pas
   les memes débouchés, et le deuxieme cycle de l’enseignement secondaire, tout comme
   l’enseignement supérieur, sont en réalité des ensembles tres différenciés. Tous les bacs
   donnent le droit d’acces `a l’université, mais certains bacheliers ont davantage de
   possibilités liées `a la spécialisation de leur baccalauréat. Le plus grand nombre se retrouve
   dans les universités, au sein desquelles les établissements, les disciplines, les
   spécialisations bénéficient de réputations assez diverses. Une minorité de bacheliers poursuit
   ses études dans les classes préparatoires situées dans les lycées les plus prestigieux qui
   préparent les éleves aux concours des grandes écoles. Il existe également des sections de
   techniciens supérieurs au recrutement assez sélectif pour les meilleurs des bacs techniques.

   

    Organisation de l’enseignement

   +--------------------------------------------------------------------------------------------+
   |            |                               |STS-IUT (section de      |                     |
   |            |                               |techniciens              |CPGE (Classe         |
   |Enseignement|Universités                    |supérieurs - institut    |préparatoire         |
   |supérieur   |                               |universitaire            |aux grandes écoles) -|
   |            |                               |de technologie)          |grandes écoles       |
   |            |                               |(enseignement technique) |                     |
   |------------+-------------------------------+-------------------------+---------------------|
   |            |Deuxieme cycle, 15 `a 18 ans   |Lycée général et         |                     |
   |Enseignement|                               |technologique            |Lycée professionnel  |
   |secondaire  |Premier cycle, 11 `a 15 ans    |                         |                     |
   |            |                               |College unique           |                     |
   |------------+-------------------------------+-------------------------+---------------------|
   |            |Enseignement élémentaire       |                         |                     |
   |Enseignement|(écoles primaires), 6 `a 11 ans|                         |                     |
   |primaire    |                               |                         |                     |
   |            |Enseignement préélémentaire    |                         |                     |
   |            |(maternelles), 2 `a 6 ans      |                         |                     |
   +--------------------------------------------------------------------------------------------+

    L’enseignement primaire

   L’enseignement primaire est resté largement `a l’écart de la montée de scolarisation, puisque
   tous les enfants bénéficiaient déj`a de la scolarisation obligatoire et gratuite de cet
   enseignement. Les écoles ne sont pas pour autant restées immobiles et ont connu notamment des
   évolutions du contenu des enseignements et de la conception du métier d’instituteur.

   L’école primaire est l’institution chargée d’inculquer les savoirs premiers et l’apprentissage
   de la citoyenneté. Le métier d’instituteur, devenu professeur des écoles `a partir de 1990, a
   beaucoup évolué. Les années soixante ont vu la fin d’une école primaire fermée sur elle-meme,
   sans finalité extérieure, au profit d’une école conçue de plus en plus comme une sorte de
   préparation `a l’entrée dans l’enseignement secondaire.

   La sortie de l’école primaire d’enfants ne maîtrisant pas les savoirs fondamentaux est devenue
   inacceptable, et la lutte contre l’échec scolaire et l’illettrisme sont des enjeux nationaux.
   L’idée que l’école républicaine puisse échouer devient d’autant plus intolérable que le
   primaire n’est qu’une premiere étape vers le college. Pour prendre en compte ces problemes, on
   a réorganisé le début des apprentissages fondamentaux, procédé `a une succession de réformes
   pédagogiques sur l’apprentissage du français et des mathématiques, limité les redoublements,
   instauré des zones d’éducation prioritaires (ZEP).

   De l’instituteur des IIIe et IVe républiques (1870- 1958) au professeur des écoles des années
   deux mille, le métier a évolué et s’est diversifié, mais paradoxalement la reconnaissance
   obtenue avec le titre de professeur des écoles a été accompagnée d’un sentiment de
   désacralisation, voire de dévalorisation du métier.

    Le college unique

   Le college unique, aujourd’hui objet d’une vive discussion, est une des grandes réponses `a la
   scolarisation de masse. En principe, apres la fin de l’école primaire, tous les enfants
   fréquentent un college unique, c’est-`a-dire un meme enseignement dans tous les colleges. Les
   filieres ont été supprimées, mais il existe des sections d’enseignement général et
   professionnel adapté (SEGPA) qui accueillent plus de 100 000 enfants en grandes difficultés
   scolaires et/ou sociales.

   Le college unique a pour objectif de réduire les inégalités entre éleves. Pour remédier aux
   difficultés socioculturelles qui peuvent se présenter de nombreuses solutions ont été
   imaginées : la discrimination positive avec les ZEP, la rénovation pédagogique, l’autonomie
   des colleges pour mettre en place un enseignement différencié (renforcé pour les uns,
   spécifique pour les éleves en plus grande difficulté)... Les réussites sont indéniables, mais
   il existe encore des inégalités devant l’école. Le college unique a été pensé pédagogiquement
   non pas en continuité avec l’école primaire, mais en anticipant le lycée . Les contenus et les
   enseignants n’ont pas toujours été préparés pour les nouveaux publics qui arrivent au college,
   et la réforme se poursuit afin de répondre aux exigences d’acquisition des savoirs et de prise
   en compte de la diversité des éleves et des difficultés rencontrées par certains d’entre eux.

    Les ZEP

   La politique des ZEP, initiée en 1981, a pour objet de renforcer l’action éducative dans les
   zones ou les conditions sociales sont telles qu’elles constituent un facteur de risque, voire
   un obstacle pour la réussite scolaire des enfants et adolescents qui y vivent et donc `a terme
   pour leur intégration sociale. L’objectif premier de cette politique est d’obtenir une
   amélioration significative des résultats scolaires des éleves notamment des plus défavorisés.
   Cette lutte contre l’échec scolaire englobant les écoles, les colleges et les lycées doit
   reposer sur un " projet de zone " cohérent, mis en œuvre par une équipe pédagogique
   constituée `a cet effet, et chargée d’impulser les actions et d’assurer le suivi.

   Il y a plus de 6 500 établissements ZEP en France, dont 85 % d’écoles primaires, et 12 % de
   colleges.

   Source : Reperes, références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche,
   ministere de l’Éducation nationale, édition 2001.

    Les lycées pluriels

   Jusque dans les années quatre-vingt, `a l’issue du college, il y avait les éleves qui allaient
   vers l’enseignement professionnel court ou en apprentissage, et ceux qui entraient en seconde
   du lycée général. Les uns fréquentaient le college d’enseignement technique (CET) rebaptisé
   lycée d’enseignement professionnel (LEP) en 1976, afin de suivre une formation courte pour
   déboucher sur la vie professionnelle. Les autres fréquentaient le lycée, soit l’enseignement
   général soit un enseignement technique long pour préparer le baccalauréat.

   Petit `a petit, l’enseignement professionnel court a été réduit, et avec la création du bac
   professionnel, la grande majorité des éleves, `a l’issue du college vont dans un lycée.
   L’objectif de 80 % niveau bac a fait du lycée préparant au bac la norme, les autres
   orientations (CAP, BEP et plus encore centres de formation d’apprentis - CFA) étant souvent
   perçues comme des voies de relégation et des signes d’échec scolaire.

   Les lycées offrent une grande pluralité de formations. Les filieres générales demeurent la
   référence, mais elles n’accueillent pas la majorité des éleves, et plus de 50 % des lycéens
   préparent soit des bacs techniques, soit des bacs professionnels. Le nouveau statut des lycées
   professionnels a favorisé l’augmentation du nombre des bacheliers en France, mais l’idée que
   la seule voie de réussite passe par les bacs généraux reste profondément ancrée dans les
   esprits, sous-estimant largement le potentiel important de l’enseignement technique et surtout
   professionnel.

    Organisation pédagogique des lycées

   Les lycées d’enseignement général et technologique

   A l’issue de la classe de seconde, les éleves ont le choix entre :

   - la voie générale qui comprend les séries littéraire (L), scientifique (S) et économique et
   sociale (ES) ;

   - la voie technologique qui comprend les séries sciences et techniques industrielles (STI),
   sciences et techniques de laboratoire (STL), sciences et technologies tertiaires (STT),
   sciences médico-sociales (SMS).

   Les lycées professionnels

   Les éleves peuvent y préparer un CAP (plus de 200 spécialités), un BEP (34 spécialités) et un
   bac professionnel (29 spécialités).

   

    Les enseignements supérieurs

   La démocratisation de l’enseignement supérieur est indéniable, mais il reste marqué par de
   fortes disparités entre les trois types d’enseignement supérieur qui s’offrent aux bacheliers.
   Tous les nouveaux bacheliers ont le droit d’entrer `a l’université, et la grande majorité des
   étudiants (plus de 60 %) fréquente les universités, mais l’absence de projet professionnel
   précis, comme l’inscription dans des filieres aux débouchés limités expliquent en partie
   l’échec d’un certain nombre d’entre eux au cours des premieres années de l’université. Une
   minorité continue `a entrer dans les classes préparatoires afin d’y préparer les concours aux
   grandes écoles. Si le nombre de places a eu tendance `a augmenter, la sélection est devenue
   plus sévere puisque le pourcentage des étudiants dans les classes préparatoires et les grandes
   écoles qui était de 6,8 % en 1960 n’est plus que de 3,6 % en 2000. Il est vrai que, de plus en
   plus, les grandes écoles réservent un certain nombre de places en admission parallele, 24 %
   des effectifs des écoles d’ingénieurs et 32 % des écoles de commerce en 2002, `a des étudiants
   diplômés d’autres filieres universitaires. Les sections de techniciens supérieurs et les IUT
   sont une deuxieme option pour ceux qui ne veulent pas aller `a l’université.

   Le paysage universitaire français est de plus en plus caractérisé par l’affirmation croissante
   d’universités `a la fois mieux gouvernées et plus innovantes, revendiquant leur autonomie. Un
   corps enseignant plus soucieux de pédagogie et une gestion plus efficace des universités ont
   favorisé l’évolution des enseignements. L’offre de formation se diversifie, des parcours
   professionnalisants se multiplient, les contenus des enseignements sont rénovés, et des
   audaces pédagogiques se manifestent. L’harmonisation des diplômes en Europe est l’étape la
   plus récente de cette modernisation avec le passage `a une organisation des cursus
   universitaires sur le modele licence/master/doctorat. La coopération transnationale entre les
   universités est encouragée afin de renforcer notamment la dimension européenne de
   l’enseignement supérieur avec par exemple des programmes comme Erasmus. Les conditions
   complexes de la mise en œuvre de la réforme brouillent la lisibilité des enjeux de la
   construction de l’espace européen de l’éducation et entretiennent les craintes de certains
   personnels quant `a la pérennité d’un service public national de l’enseignement supérieur.

   

   Origine sociale des nouveaux bacheliers s’inscrivant dans l’enseignement supérieur en
   2001-2002 (en %)

   Catégories professionnelles                                   Université Ensemble        
   Santé    IUT   STS (*)     CPGE (*)

   Agriculteurs                                                               2,2
                                           2,0         3,3      2,6             7,9

   Artisans, commerçants, chefs d’entreprise           7,3
                                           6,8         8,1      8,6             7,4

   Professions libérales, cadres supérieurs               30,5
                                         43,2       25,8    14,0           52,1

   Professions intermédiaires                                       18,4
                                         16,9       21,0    16,9           14,7

   Employés                                                                    15,6
                                         10,9       16,0    16,9           8,8

   Ouvriers                                                                      14,6
                                         9,8         17,4    25,1           5,3

   Retraités, inactifs                                                       8,2
                                           5,8         6,3      11,5           7,2

   Indéterminé                                                                3,1
                                           4,6         2,1      4,2             2,7

   Source : MEN-DPD Champ : France métropolitaine (*) : Informations disponibles pour les CPGE et
   STS sous tutelle du ministere de l’Éducation nationale, soit tous les éleves du public, 66 %
   des éleves des STS privés et 88 % des éleves des CPGE privées.

   

    Les grandes écoles 

   Les grandes écoles, auxquelles les étudiants accedent apres avoir réussi `a un concours tres
   sélectif, qu’ils ont préparé dans des classes préparatoires durant deux ans en moyenne, sont
   apparues des le XVIIIe siecle, dans les périodes de crise de l’université et `a l’initiative
   des pouvoirs publics afin de pourvoir en cadres, par concours, les administrations ; elles ont
   également été créées `a l’initiative des professionnels pour que les entreprises disposent des
   compétences nécessaires `a leur développement.

   Ces écoles comptent plus de 200 000 éleves et couvrent tous les domaines du savoir et de la
   connaissance, des sciences fondamentales aux arts, en passant par les sciences humaines et de
   l’ingénieur, ainsi que les disciplines littéraires, juridiques et administratives.

   Certaines de ces écoles, parmi les plus prestigieuses, étaient initialement destinées `a
   former les personnels les plus qualifiés des grands corps de l’État : Écoles normales
   supérieures pour l’enseignement, Polytechnique et Saint-Cyr pour l’armée, École des chartes
   pour les archives et les conservateurs du patrimoine national, École nationale
   d’administration (ENA) pour former les personnels civils de la haute fonction publique. Tout
   en conservant ces objectifs, la plupart de ces établissements ont élargi leurs formations et
   les étudiants qui en sortent ne se destinent plus nécessairement au service de l’État.

   Parallelement, les écoles de commerce et de gestion, telles que HEC, l’ESSEC ou l’École
   supérieure de commerce, ainsi que les écoles d’ingénieurs (ENSI), ont attiré un nombre sans
   cesse croissant de candidats, les besoins des entreprises en personnels hautement qualifiés de
   ce type étant de plus en plus importants.

  II.f.iv.         A nouveaux publics, nouvelles ambitions éducatives

   Autrefois réservés aux classes aisées et `a quelques éleves méritants, les enseignements
   secondaire et supérieur accueillent désormais des publics plus éloignés de la culture scolaire
   traditionnelle. La façon dont l’école doit s’adapter `a cette massification donne lieu en
   France comme dans tous les pays, `a des débats passionnels sur la place de la pédagogie dans
   la transmission des savoirs, aussi bien dans la formation des enseignants que dans les classes
   et les amphithéâtres, sur l’autonomie des enseignants par rapport `a la demande sociale, sur
   la place du privé dans le systeme éducatif, sur la décentralisation de l’éducation nationale,
   sur l’ouverture de l’école sur son environnement voire sur l’international... Ces débats ont
   pour enjeux la capacité du systeme éducatif `a prendre en compte les nouveaux publics qui
   fréquentent les établissements scolaires et universitaires, `a rénover les pratiques
   éducatives, `a imaginer une nouvelle organisation des savoirs, `a concevoir des institutions
   éducatives rénovées.

    A nouveaux publics...

   Du college `a l’université, de nouveaux publics ayant un rapport au savoir fort différent des
   lycéens et étudiants qui fréquentaient lycées et universités jusqu’aux années soixante ont
   donc afflué vers l’école. La démocratisation est incontestable, le niveau scolaire des
   nouvelles générations ne cesse d’augmenter et tend `a se stabiliser `a un haut niveau depuis
   le milieu des années quatre-vingt-dix. Certaines inégalités devant l’école existent toujours,
   mais des dispositifs de soutien aux éleves en difficulté sont mis en place afin d’assurer une
   véritable égalité des chances pour l’acces `a l’école et la réussite scolaire.

   L’ancienne école républicaine ou maîtres et éleves partageaient des valeurs et comportements
   proches face `a l’école, institution séparée et protégée de l’extérieur, a laissé la place `a
   une école de masse qui a modifié les processus de sélection et le statut des institutions et
   des diplômes. Il n’y a pas de sélection par élimination ou rejet hors de l’institution, mais
   l’orientation par l’échec, la hiérarchie accrue des parcours, les inégalités culturelles sont
   autant d’obstacles `a l’égalité des chances.

   En outre, et peut-etre, surtout, du point de vue des enseignants, le vécu quotidien dans les
   universités, dans les lycées, mais surtout dans les colleges n’est plus le meme. L’évidence de
   la relation entre le professeur et l’éleve a disparu, le métier d’enseignant a changé. Le
   rapport entre l’école et l’extérieur s’est complexifié. L’extérieur est `a la fois trop
   présent quand la demande sociale remet en cause l’autonomie de l’enseignant dans sa classe, et
   trop absent quand les parents ne peuvent relayer l’effort scolaire. Pourtant des solutions
   existent, elles passent notamment par la formation des enseignants pour développer leur
   efficacité et le maintien d’exigences qualitatives élevées envers tous les éleves, meme les
   plus faibles.

    ... nouvelles ambitions

   Le college unique comme le bac pour 80 % d’une classe d’âge suscitent des interrogations sur
   le niveau de l’enseignement. A quel prix cette massification ? La baisse du niveau comme
   l’inadaptation de la formation `a l’emploi sont deux antiennes bien connues. Le bilan est plus
   satisfaisant qu’on ne le pense parfois, aussi bien au college, au lycée général que dans les
   établissements de l’enseignement professionnel. Néanmoins, la crise des savoirs est réelle.
   Une éducation pour tous et une formation qualifiante n’ont pas le meme sens dans une société
   urbaine, tertiaire et de haute technologie que dans la France des Trente Glorieuses, les
   années de forte croissance qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il ne s’agit
   pas, bien sur, de baisser le niveau des exigences qui conduirait `a distribuer des diplômes au
   rabais, mais d’élever et d’adapter le type des exigences pour ceux qui jusqu’alors étaient
   exclus d’une éducation poussée et de repenser la relation entre la formation et l’emploi.

   Ni le college, ni le lycée, ni l’université n’ont parachevé leur transformation. Le college,
   chargé `a la fois de donner `a tous un savoir minimum et les regles de la vie en société,
   évolue pour remplir ces objectifs, et l’interrogation sur le concept de college unique et sur
   la réintroduction des filieres resurgit périodiquement.

   Les campagnes récurrentes en faveur de la formation professionnelle et technique témoignent du
   malaise qui entoure cette voie de formation en France. Personne ne conteste l’importance de
   ces formations, mais les filieres générales continuent `a etre perçues comme la voie royale au
   détriment des filieres professionnelles. Au contraire de l’Allemagne, ou il existe plusieurs
   filieres de réussite, les Français ont du mal `a accorder autant de reconnaissance `a
   l’enseignement professionnel qu’`a l’enseignement général. Sa revalorisation est une pré-
   occupation constante des pouvoirs publics. Pourtant les grandes écoles sont professionnelles,
   et une majorité des enfants suivent une formation technique ou professionnelle, sans déboucher
   aussi souvent que ne le suggere l’opinion commune sur des impasses. Les 7 % de jeunes qui
   sortent chaque année sans diplôme ni qualification du college ou des lycées représentent le
   grand défi auquel doit faire face la politique éducative française.

   Sans nier l’existence des problemes, il y a aussi des facteurs d’évolution possible. La
   création des IUFM, il y a bientôt quinze ans, a témoigné d’une prise de conscience que
   l’enseignement ne se réduisait pas `a l’accumulation d’un savoir `a transmettre, mais était
   aussi un métier qui s’apprend. L’arrivée des nouveaux bacheliers, notamment ceux issus de
   l’enseignement professionnel et technique dans les universités, a étendu la question des
   nouveaux publics `a l’ensemble du systeme éducatif, ce qui favorise indéniablement une
   approche moins idéologique et plus pragmatique de la question éducative. Le développement de
   filieres `a visée professionnelle, le souci de formation débouchant sur des emplois
   représentent peut- etre l’opportunité d’un changement de mentalité. Or, en matiere éducative,
   ce sont bien les représentations dominantes, plus encore que les pratiques et les
   institutions, qui changent difficilement. Il faut pourtant éviter de croire qu’en la matiere,
   l’école dispose de toutes les réponses aux problemes qui se posent `a elle. La crise de
   l’école est aussi l’expression de la crise de la société.

   L’école ne peut `a elle seule etre la réponse aux problemes de logement, de la famille, de la
   ségrégation urbaine... Elle peut etre, en revanche, un formidable outil pour réduire en partie
   les inégalités sociales de départ, cela suppose probablement l’adaptation d’une certaine idée
   de l’école républicaine.

    La formation professionnelle continue

   En France, les individus peuvent avoir acces tout au long de leur vie `a la formation soit au
   titre des formations initiales scolaires ou universitaires pour les éleves et étudiants, soit
   au titre de la formation professionnelle continue pour toute personne déj`a engagée dans la
   vie active.

   Mise en place dans sa forme actuelle au début des années soixante-dix, la formation
   professionnelle continue mobilise l’État ainsi que les entreprises, les collectivités
   territoriales, les établissements publics, les établissements d’enseignement publics et
   privés, les organisations professionnelles, syndicales et familiales.

   La formation professionnelle continue se caractérise par une construction originale laissant
   une place importante `a la négociation collective, et comportant des modalités d’acces `a la
   formation variant en fonction du statut des individus.

   Les dispositions relatives `a la formation professionnelle continue sont le résultat
   d’initiatives des partenaires sociaux dans des accords collectifs et de l’État dans des lois
   et des décrets.

   En fonction de leur statut et des problemes spécifiques de formation que peuvent rencontrer
   les individus, les partenaires sociaux et l’État ont créé et mis en place différents
   dispositifs : les formations en alternance, comme le contrat d’orientation, le contrat de
   qualification et le contrat d’adaptation ; le congé individuel de formation, les conventions
   de conversion, etc.

   La formation professionnelle continue est un secteur économique important qui représente 1,7 %
   du produit intérieur brut français.

   La loi du 4 mai 2004 relative `a la formation professionnelle tout au long de la vie a
   introduit un droit individuel `a la formation pour chaque salarié, transférable d’une
   entreprise `a une autre dans certaines conditions (licenciement économique, fermeture
   d’entreprise ou restructuration). La mise en œuvre de ce droit se fera `a l’initiative
   du salarié, en liaison avec l’employeur.

                                                                                                 

                                                                   Source : d’apres Centre Inffo.